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La mouche

Un film de David Cronenberg

Grande-Bretagne/Canada/Etats-unis - 1987 - 1h36 - VO - couleur
Avec Jeff Goldblum, Geena Davies, John Getz...

Premier film hollywoodien mis en scène en 1986 par David Cronenberg, La mouche est le remake d’une série B réalisée par Kurt Neumann à la fin des années 50 et, par là même, seconde adaptation d’une nouvelle de l’écrivain de science-fiction, George Langelaan. Au milieu des années 80, le cinéaste canadien sort d’une période très riche où il a réalisé plusieurs séries B expérimentales qui ont attiré l’attention. À cet égard, La mouche représente d’abord un changement d’échelle en termes de production, ce qui ne l’empêche pas de rester fidèle à ses problématiques les plus personnelles : l’impossible transmutation de la chair et la contamination comme mode de reproduction. Sur un canevas assez simple, Cronenberg réalise donc un film qui lui appartient pleinement et qui, de plus, libère des possibilités d’incarnation et de lyrisme plus franchement affirmées que dans certains de ses films précédents. Car, tout en étant ancré dans la science-fiction, La mouche est d’abord une tragédie intime et resserrée. L’essentiel de l’action se joue dans le laboratoire de Seth Brundle (Jeff Goldblum), apprenti-sorcier qui va apprendre à ses dépens que l’ivresse de la raison peut engendrer des monstres. À partir du moment où Brundle est la victime de sa propre mutation, il est doué d’étranges pouvoirs qui pourraient le faire ressembler à un super-héros narcissique et obsessionnel. Mais ce super-héros va surtout faire l’expérience de son impouvoir, de sa décomposition. En se décomposant justement, Seth Brundle se transforme en un super-héros en négatif, comme par le jeu d’une fascinante inversion. Chez Spiderman, l’homme-araignée, l’homme triomphe sur l’araignée ou, plus exactement, devient surhomme en ayant la possibilité d’être simultanément un homme et une araignée. Dans La mouche, ce qui est habituellement métaphorique devient littéral et la mouche triomphe de l’homme dans une indescriptible métamorphose que Cronenberg ne se prive pas de filmer longuement. Le cinéaste filme ainsi comme un véritable cauchemar et une authentique douleur cette décomposition de la chair qui, n’a pas été transcendée mais détruite de l’intérieur. On pense évidemment à La métamorphose de Kafka mais également au mythe de la « Belle et la Bête » puisque le tragique de La mouche tient aussi à l’histoire d’amour qui s’y joue entre le fiévreux Seth Brundle et la journaliste Veronica Quaife (Geena Davis). Cette histoire d’amour a des côtés franchement bouleversants lorsque Veronica assiste à la déchéance de son amant, impuissante à lui fournir une quelconque aide, mais aussi des côtés plus troubles, lorsque Veronica découvre qu’elle est enceinte. Une scène de rêve où elle accouche péniblement d’une larve de mouche témoigne de l’horreur de cette situation. Toute cette nourriture mythique et fantasmatique fait d’ailleurs de La mouche une véritable fable philosophique qui résonne comme une utopie négative. Les interrogations contemporaines sur la génétique ou sur les altérations que la chirurgie et la science peuvent aujourd’hui faire subir au corps humain rendent le film de Cronenberg plus inquiétant encore, puisque la perspective du surhomme, du mutant, mène inéluc- tablement l’homme à sa perte et au fracas d’une métamorphose qui le fait devenir littéralement un sous-homme. Le plus fort dans cette histoire c’est que, grâce à Cronenberg, elle réussisse à nous bouleverser comme n’importe quelle histoire de couple qui finit mal.
 
 
Thierry Jousse


 

Dates et lieux de passages

Ce film est disponible pour des séances scolaires.

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La mouche

Le petit lieutenantYuki & Nina

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