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Yuki & Nina

Un film de Hippolyte Girardot, Nobuhiro Suwa

France/Japon - 2009 - 1h32 - couleur
avec Noë Sampy, Arielle Moutel, Tsuyu Shimizu, Hippolythe Girardot..

Depuis une quinzaine d’années, Nobuhiro Suwa construit une œuvre assez singulière fondée sur le plan-séquence et l’improvisation, dont le centre s’est peu à peu déplacé du Japon vers la France. Admirateur de la Nouvelle Vague et de ses héritiers les plus immédiats, Garrel ou Doillon, Suwa a réalisé, ces dernières années, Un couple parfait, relecture du cinéma moderne sur le versant rossellinien, – film entièrement hexagonal bien que réalisé par un cinéaste japonais qui ne parle pas un mot de français – avant de s’attaquer à Yuki & Nina, qui met en scène cette double appartenance, à travers une co-réalisation avec l’acteur Hippolyte Girardot et un récit qui met en évidence cette double identité. Sur une trame très contemporaine – le divorce entre une Japonaise et un Français et les conséquences sur leur petite fille, fruit de ce mariage mixte – Yuki & Nina glisse peu à peu vers le conte d’une manière assez surprenante. Alors que la première partie se concentre sur les difficultés de Yuki à comprendre le monde des adultes, et sur son refus de repartir au Japon avec sa mère, la seconde, en forme de fugue, atteint gracieusement les rivages d’une poésie de l’enfance qui flirte avec le fantastique. Dans un premier temps, on retrouve le style de Suwa et ses longs plans-séquences fixes en quête d’un moment de vérité ou de basculement, son travail sur le hors-champ, la profondeur, le flou ou sur un détail décentré dans le plan qui vient subrepticement attirer notre regard, le déplacer en quelque sorte comme si la fixité apparente du plan était contredite par son mouvement interne. C’est un regard apparemment objectif mais dont le but secret est de capter une parcelle de la pensée enfantine, tâche très délicate puisqu’il s’agit d’éviter de plaquer des significations adultes sur des corps ou des paroles d’enfants. Les interstices, les malentendus, les rituels mettent en relief une coupure entre le monde des adultes et celui des enfants. La prouesse du film, pari d’autant plus magnifique qu’il est inattendu, est de créer, sur un coup de tête, une ligne de fuite au cœur de cette chronique de l’enfermement et de déplacer ce couple de petites filles vers un dehors rural et sylvestre où elles vont éprouver la peur et la puissance de la fiction, comme une incarnation étrangement inquiétante en même temps que merveilleuse de leur pensée. Le plus beau moment du film est évidemment celui qui voit Yuki (et nous avec) glisser d’un monde à l’autre, de la France au Japon, par le simple montage de deux portions de forêt. Au cœur de la désorientation – une enfant perdue dans une forêt – surgit tout à coup l’ailleurs, la délivrance incarnée par cette forêt semblable et différente dont le vert japonais intense diffère radicalement du vert français. Le refus de Yuki devient alors consentement et le film bascule définitivement du côté du conte, loin, très loin des appartements parisiens qui constituaient le territoire exclusif de la première partie du film.Toute la fin du film se situe dans la proximité de cette forêt japonaise sur le mode de la réconciliation entreYuki et sa mère, entre Yuki et la culture japonaise, comme une forme d’apaisement inattendu. La fable n’a pas exactement une morale mais plutôt une résolution rêveuse et fragile à laquelle, en tant que spectateur, on peut choisir de croire ou de ne pas croire. Cette question de la croyance reste d’ailleurs parfaitement ouverte tant le film ne cherche pas à tirer les conclusions d’un récit qui menaçait de tourner au psychodrame. En fuyant les rivages du naturalisme – territoire des parents – pour basculer définitivement du côté de la légèreté de l’enfance, Suwa et Girardot accomplissent un geste inédit et féérique qui est un vrai cadeau pour leurs personnages comme pour leurs spectateurs.
 
 
Thierry Jousse


 

Dates et lieux de passages

Ce film est disponible pour des séances scolaires.

Les films
de cette année :

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Adieu PhilippineBlow UpLa moucheLe petit lieutenant

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