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La Cérémonie
Un film de Claude Chabrol
France/Allemagne – 1994 – couleur – 1h51
Avec Sandrinne Bonaire, Isabelle Huppert, Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel, Virginie Ledoyen ...

Claude Chabrol est un des cinéastes les plus productifs du cinéma français. Depuis qu’il est passé à la réalisation, un des premiers aux Cahiers du cinéma, il est l’auteur de près de soixante films. A la différence de ses camarades de la Nouvelle Vague, il n’a jamais souhaité rompre avec le système de production ou le langage cinématographique traditionnels. Il réalise des films « grand public ». Tous ou presque ont pour cadre la « bonne bourgeoisie » française ; beaucoup appartiennent au genre policier et ont une conclusion sanglante. Il adapte ici, avec la psychanalyste Caroline Eliacheff , un roman de Ruth Rendell. Les deux noms reviendront dans des films ultérieurs, comme ceux de son équipe régulière : opérateur, compositeur, producteur (Marin Karmitz). C’est le sixième de ses sept films avec Isabelle Huppert.
Récemment, puisqu’il ne faut plus parler de « classes », ceux qui utilisent le terme ont été accusés de diviser la France en « camps ». La Cérémonie rétablit presque programmatiquement l’ordre des choses. Mais, à la différence d’autres films de Chabrol, il n’y a aucune caricature de « folies bourgeoises ». C’est la descr iption sans fioritures d’un affrontement déterminé par des conditions matérielles plus que psychologiques.
A la séquence prégénérique, un marché est conclu : l’embauche de Sophie (Sandrine Bonaire), bonne, employée de maison, gouvernante, boniche, selon la terminologie variable de ses employeurs. La tractation est d’emblée inégale : c’est la candidate qui est contrainte de parler de choses honteuses : de rémunération. Les excuses impeccables de l’employeuse (Jacqueline Bisset) révèlent l’aisance d’une éducation qui est un instrument de pouvoir. Du côté de Sophie, son opacité, sa réticence à l’écriture et aux machines, cache un secret symétrique : son analphabétisme. C’est à propos de ce secret que la violence éclatera.
Le pouvoir va s’exercer sous diverses formes : plus franche du mari, inconsciente sous couvert d’une révolte affichée de la belle-fille (Virginie Ledoyen). Toutes leurs attentions – offrir des lunettes à qui ne distingue pas les lettres, des leçons de conduite à qui ne veut pas conduire – sont des humiliations en puissance ou en réalité. Chaque geste de rapprochement est voué à l’échec. Seule la télévision omniprésente relie les deux camps, mais elle n’a pas la même fonction ici et là. Pour les maîtres, il y a les bons, en l’espèce la bonne, obéissante et laconique (« J’ai compris », « Je sais faire»), et la mauvaise, la postière Jeanne (Huppert), bavarde, insolente, parlant d’égal à égal. Ils ne conçoivent pas la possibilité d’un retournement. Or les deux femmes ont en commun un secret dans leur passé, peut-être un meurtre : leur alliance se fait tout naturellement contre la loi (« On a rien pu prouver », « On pourra rien prouver »), et contre le sexe, car leurs expériences dans ce domaine relèvent de l’exploitation.
Le seul personnage sexué, la belle-fille, consciente et complice à la fois, sera le déclencheur de leur cérémonie, qui coïncide avec la cérémonie familiale de la grande culture à la télé. Les esclaves se transforment en maîtres, mais non bienveillants et bien élevés : sauvages, sales et sanguinaires. Leur jeu enfantin de destruction systématique n’épargne rien ni personne. Devant le chaos pr imitif qu’elles ont rétabli, Jeanne peut dire : « On a bien fait. » Affirmation ou question en suspens, qui signifie aussi bien « on a eu raison » que « on a bien tenu notre rôle ».
Bernard Eisenschitz
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.
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