Les films de Lycéens et apprentis au cinéma

Lycéens au cinéma > Les films


 

Certains l'aiment chaud

Un film de Billy Wilder

États-Unis – 1959 – noir et blanc – 2h01
Avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, Joe E. Brown, George Raft...

David O. Selznick, producteur d’Autant en emporte le vent et Rebecca, ne voulut pas croire Wilder quand celui-ci lui annonça son projet de faire une comédie à partir du « massacre de la Saint-Valentin », où Al Capone avait liquidé cinq membres d’un gang rival dans un garage. Mais le gangstérisme et la Prohibition étaient depuis longtemps passés dans la mythologie
cinématographique. En utilisant deux vedettes qui l’incarnent, George Raft et Pat O’Brien, Wilder assure cette réalité au second degré. Edward G. Robinson Junior, fils d’un troisième interprète essentiel du genre, imite devant Raft le jeu avec une pièce de monnaie qui a fait de celui-ci une star dans Scarface.
 
Deuxième audace, il s’agit d’une comédie de travestis, très à la mode dans l’Allemagne prénazie de la jeunesse de Wilder (où Blake Edwards a aussi trouvé la source de son Victor Victoria). La rencontre entre une vedette, Tony Curtis, qui n’hésitait pas à prendre des risques pour échapper à son image de joli garçon, et Jack Lemmon, comédien expressif et malléable (il allait tourner sept films avec Wilder), permet de faire rire en évitant la vulgarité homophobe. Contre les outrances du maquillage,Wilder a choisi le noir et blanc, qui convient aussi à son hommage aux films de gangsters. Il affectionne d’ailleurs les références au cinéma : les filles se pressant dans la couchette de Jack Lemmon lui permettent de faire plus fort, et plus scabreux, que la fameuse cabine des Marx Brothers dans Une nuit à l’opéra. Et quand Tony Curtis se fait passer pour un millionnaire, il imite la voix de Cary Grant.
 
Le rôle de Sugar n’était pas prévu pour une star. Le personnage, en soi passif , n’est pas épargné, avec son goût pour la boisson et son appât du gain. C’est pourtant Marilyn Monroe qui fait basculer le film dans une véritable émotion, « inégalable dans son optimisme déchirant, dans sa sensibilité écorchée, dans ses regards éperdus », écrivait Jacques Doniol-Valcroze dès 1959. Prévenu contre le film, il en voit d’autant mieux les vertus: « De ce motif dangereux Wilder a tiré pratiquement toutes les variations possibles ; le feu d’artifice est tel et tellement divers, tellement nuancé qu’il aboutit exactement à ce que voulait l’artificier: le dépaysement total. » Cette «démonstration de la négation de l’identité » culmine avec le personnage du vieux comique Joe E. Brown, trop caricatural pour être équivoque, « amoureux de Lemmon travesti et à peine découragé par la révélation finale, qui nous vaut d’ailleurs une des plus belles répliques de l’histoire du cinéma ».
La réplique en question est : « Personne n’est parfait. » En fin de compte, le travestissement, ici, a peu à voir avec l’homosexualité et davantage avec la disparition de l’individu au profit d’une simple fonction, d’un simple signalement (bientôt, pourquoi pas, d’un numéro), que le gangstérisme de la Prohibition inaugura, avec son mépris pour la vie humaine et son oubli des lois d’honneur de la mafia même (cf . les deux premiers Parrain). Dans ces conditions, homme ou femme, quelle différence ? Ce film constamment drôle est encadré par deux tueries. Wilder inaugure ici la série de ses comédies les plus personnelles, de plus en plus cyniques et amères : La Garçonnière, Un deux trois, Embrasse-moi idiot.
 
Précisons que le titre français ne veut rien dire : hot désigne à la fois le jazz (Jazz Hot est à l’époque une revue française réputée) et la charge érotique (que « chaud » n’impliquait pas encore) que dégage Marilyn.
 
Bernard Eisenschitz


 

Dates et lieux de passages

Ce film est disponible pour des séances scolaires.

Les films
de cette année :

Liste nationale

Adieu PhilippineBlow UpLa moucheLe petit lieutenantYuki & Nina

Film régional

Yuki & Nina