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This is England
Un film de Shane Meadows
Grande-Bretagne - 2006 - 1h37 - VO - couleur
Avec Thomas Turgoose, Stephen Graham...

Shaun a de bonnes raisons d’aller mal : il subit des vexations à l’école, se fait remettre en place par l’épicier pakistanais du coin et pleure son père mort à la guerre des Malouines. Ce n’est d’ailleurs pas le dur contexte socio- économique des années Thatcher qui l’aidera à aller mieux. Alors qu’il erre dans les rues tristes, Shaun trouve une bande de post-adolescents vaguement en voie de désinsertion mais plutôt stylés et sympathiques. Avec eux, Shaun va prendre le look, écouter du ska et du punk, faire son éducation sexuelle et des bêtises d’ados. L’arrivée de Combo, skinhead raciste qui sort de prison, fait prendre au film un virage risqué et à Shaun, la voie de l’extrémisme politique, puis celle de la violence au quotidien.
Historiquement, l’action se situe au point de rencontre entre la deuxième vague du mouvement skin (liée à l’émergence du punk) et les thèses racistes de partis d’extrême droite comme le National Front. On est loin des skinheads des années 60 qui fréquentaient les clubs de reggae et découvraient le ska, de la culture skin adoptée par les ouvriers noirs ou blancs – et le comportement des personnages le montre. Car tous âges confondus, il y a bien la vieille garde – celle des amateurs de musique, de flirt et de fringues – , et son affreuse relève – celle de la haine, de la prison, des armes et des slogans. Les deux n’ont pas la même façon de marcher, de parler, de se réunir ou de s’aimer – et le jeu des acteurs donne sur ce point précis une épaisseur à tous les protagonistes.
Le Free cinema des années 50, précurseur du réalisme social incarné par Ken Loach, Mike Leigh et Stephen Frears, avait le premier marqué l’intérêt des réalisateurs anglais pour leur société. A sa sortie, This is England fut considéré comme héritier de cette tradition du Working class hero. Pourtant Shane Meadow est moins intéressé par un film à thèse que par le portrait exorciste de son enfance troublée, lui qui a quitté l’école pour devenir skinhead à l’âge de 12 ans... Alors, pour ne pas se méprendre sur This is England, dont la criminalité skinhead n’est finalement pas le sujet, on peut repenser à Melville et aux mots qui ouvraient son Armée des ombres : « Mauvais souvenirs, soyez les bienvenus ! ». On prend alors la mesure de l’hospitalité au cinéma.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.
This is England