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L'argent de la vieille
Un film de Luigi Comencini
Italie - 1972 - 1h58 - VO - couleur
Avec Bette Davies, Silvana Mangano, Alberto Sordi

Comédie grinçante teintée de néoréalisme, L’argent de la vieille convie à une partie de cartes jusqu’au boutiste entre le peuple et le pouvoir. Alors qu’elle arrive, comme chaque année, à Rome, une richissime « vieille » (Bette Davis) convie Pepino et Antonia (Alberto Sordi et Sylvana Mangano), habitants du bidonville voisin, à d’interminables parties de « Scorpone scientifico », un très ancien jeu de cartes italien. Encouragés par leur entourage, qui voit en eux les tenants d’une possible revanche sociale, Pepino et Antonia ne cachent pas leur espoir de plumer leur adversaire. Mais cette tentative de conquête du pouvoir par le prolétariat repose sur une illusion. Car si les règles sont, en apparence, les mêmes pour tous, dans la réalité, c’est la vieille qui impose le quitte ou double, et cela avec une fortune lui permettant tout simplement de doubler la mise... à l’infini. Dans ces conditions, une erreur de carte ou une donne défavorable n’enrichissent ses partenaires que le temps d’un sursis.
Des mouvements de caméra harmonieux installent l’atmosphère de la villa comme un lieu où rien ne s’égare. L’univers des riches est facile et transparent. Point de frotte- ments ni de labyrinthe : les grillages et les sentiers, les pentes et les allées indiquent la position centrale du siège du pouvoir. L’effrayante vieille ne cède jamais aux sentiments mais sait à merveille exploiter ceux des humbles pour les vaincre. Elle qui ne dépouille, d’un pays à l’autre, que des pauvres (elle écume tout spécialement le tiers monde !), frôle l’infarctus chaque fois qu’elle perd une lire. Dans le bidonville au contraire, la caméra se déplace d’une manièr heurtée, brutale, immergée dans le grouillement imprévisible, les obstacles et la foule qui surgit. Mais comment pourraient-ils avoir du pouvoir, ces pauvres, s'ils avaient tout à coup de l'argent? Ils seraient bien, faute d’éducation, incapables d’empêcher que leur capital ne soit réabsorbé par le système – comme l’est l’argent que la vieille prête à ses adversaires pour qu’ils puissent miser, et qu’elle regagne inexorablement quelques heures ou plusieurs jours après.
Dans ce récit où l’addiction au jeu et la soif d’ascension sociale abattent les cartes à épuisement, seule Cleopatra, fille aînée du couple joueur, ne croit pas à la victoire. Pour elle, il faut briser le rêve, et par là même, les règles du jeu. Il faut forcer les adultes, qui vivent cette fausse sympathie que la vieille leur accorde sans voir qu’elle s’amuse avec eux comme le chat avec la souris, à faire un pas vers la lucidité. Et chez Comencini, réalisateur des Aventures de Pinocchio, la lucidité des enfants ne va pas sans cruauté, ni sans un certain sens du sacrifice.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.
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