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Sa Majesté des mouches
Un film de Peter Brook
Grande-Bretagne - 1963 - noir et blanc - 1h32
Avec James Aubrey, Tom Chapin, Hugh Edwards, Roger Elwin, Tom Gaman, Roger Allan...

Il faut attendre la séquence de la tête de cochon empalée sur un pieu, telle un nouveau totem, et les mouches fourmillant sur le museau ensanglanté de l’animal, pour com-prendre le titre du film. Un nouvel ordre est né, véhiculant violence et fanatisme, pour ces enfants de la haute société anglaise, seuls survivants d’un crash d’avion sur une île déserte. Vite débarrassés de leur vernis de civilisation, ils se réfugient dans la liesse tribale et les rites sidérés, sous l’autorité de celui qui s’impose comme leur chef. Et si la violence s’exerce d’abord sur un cochon, le sacrifice concerne ensuite l’un des plus lucides du groupe, celui qui ose se demander si la “bête” de l’île, finalement, ce n’est pas eux...
A l’exception de plans d’ensemble venant rappeler le foisonnement paradisiaque du paysage, les cadrages – serrés sur une poignée de personnages – , donnent une sensation d’étouffement. La justesse du jeu des enfants, le fait que dès le début du tournage, Brook ait pris ses distances avec le script pour recourir à l’improvisation et recentrer sa mise en scène sur l’action en la débarrassant de commentaire, sont
autant d’aspects qui déjouent le didactique de l’intrigue, se contentant d’en souligner le trait par une photographie au noir et blanc magique.
Haletants dans la nature foisonnante, les corps rappellent Fièvre sur Anatahande Sternberg, Tabou de Flaherty et Murnau.
Ecrit en 1954 mais situé pendant la guerre, le roman Sa majesté des mouches prenait à rebours le mythe du “bon sauvage”. La démonstration était d’autant plus frappante qu’elle s’appuyait sur des êtres supposés innocents... Ce n’est cependant pas la complexité des rapports psychologiques entre les enfants (très développés dans le livre), la question de l’appartenance au groupe, l’angoisse d’en être exclu, qui intéressent le cinéaste. C’est avant tout la déliquescence des règles dans un univers où les instincts primitifs reprennent le dessus. Peter Brook n’oppose pas la société à l’état sauvage, ni la démocratie à la dictature. Il explore les menaces permanentes contre la civilisation que sont la violence mortifère et l’obscurantisme.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.