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La Flèche brisée
Un film de Delmer Daves
Etats-Unis- 1950 - couleur - 1h33
James Stewart, Will Geer, Jeff Chandler, Debra Paget...

La Flèche brisée s’ouvre par la voix off du capitaine Jefford (James Stewart) prévenant que tout ce qui suit est vrai, à l’exception du fait que les Indiens parlent en Anglais. Insinue-t-on que les autres films du genre édulcorent ou trahissent les faits ? La Flèche brisée se démarque par son scénario idéaliste et le lyrisme de son ton, qui, dans le contexte de production de l’époque, le fit considérer comme le premier western pro-indien.
Fin du 19ème siècle, la guerre fait rage entre les Blancs et les Apaches en Arizona. Ex-éclaireur pour l’armée de l’Union devenu chercheur d’or, Jeffords sauve de la mort un jeune indien, ce qui lui attire la reconnaissance de Cochise, chef apache ennemi des colons blancs, et lui fait entreprendre une négociation de paix entre les peuples. Mais les Blancs – qui ne voient les Indiens que comme des sauvages sanguinaires – , et les Indiens – qui refusent de céder à la colonisation blanche – , sont les ennemis farouches d’une trêve qui ne se négocie pas sans sacrifice.
Humaniste, Delmer Daves plaide la réconciliation des antagonismes et combat l’idée de supériorité raciale. Mais c’est moins par l’historique et l’universel que son film est transcendant que par une étonnante chronique des sentiments. Entre un désabusement qui renvoie dos à dos
Blancs et Indiens, coupables selon lui des mêmes fautes, et un idéalisme plaidant pour la réconciliation des peuples et le partage des territoires, le personnage de Jeffords se voit proposer par le cinéaste rien moins que l’Eden, dont Sonseeahray (Debra Paget), la jeune Apache dont il tombe amoureux, est la Lilith. La réciprocité de leur amour subvertit là aussi le code du western, qui ravale généralement la femme à un rang inférieur.
Les scènes de séduction entre James Stewart et Debra Paget sont traitées avec une luminosité presque candide, tout comme le respect mutuel qui
se tisse entre Cochise et Jeffords. Sans doute est-ce cet interface romantique aux impressionnantes séquences de combat qui permit à l’interprétation de Stewart de développer une profondeur qu’il n’avait pas jusque-là chez Capra et Lubitsch. La scène finale où, par la seule force de son regard, il exprime une immense détresse et une violence contenue, est comme l’annonce du tournant de sa carrière d’acteur qui le mena aux personnages torturés d’Anthony Mann, de John Ford et d’Hitchcock.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.