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Le Cameraman
Un film de Edward Sedgwick
Etats-Unis - 1928 - noir et blanc- 1h10
Avec Marceline Day, Buster Keaton, Harold Goodwin...

Dans son dernier film, Buster Keaton campe un personnage plus fragile que dans ses précédentes productions, un irrésistible phénomène de sentiments.
Impatience, jubilation, humiliation, espoir... un personnage chasseur d’images et guidé, à l’aveugle, par l’amour, sur les chemins de la mise en scène et l’invention d’un cinéma documentaire élaboré. Constamment “exposé”, le jeune homme gracile court le risque de perdre sa dignité, sa liberté ou sa vie dans des situations nouvelles où il peut à la fois saisir le réel et influer dessus.
Sautant sur une voiture de pompiers qui fonce – croit-il – vers un grand incendie, il se retrouve dans l’obscurité d’un garage ; dévalant son immeuble des toits jusqu’à la cave pour attraper le téléphone, il finit lancé en pleine course dans Manhattan surpeuplé ; ayant perdu son maillot de bain dans une piscine, il invente une nage sous marine... Les points de vue excentriques prolifèrent et s’offrent à lui au hasard des situations. Mais c’est sa passion pour une secrétaire du bureau des actualités qui l’incite à pénétrer le monde des cameramen professionnels, ceux qui courent les rues à la recherche du scoop qui s’achète à prix d’or.
Sa carrière d’opérateur commence par des “vues” de cuirassés dans le port, et d’un défilé sur la cinquième avenue. Mais sa maladresse le fait superposer la seconde prise à la première, et “inventer” le trucage, tel Méliès place de l’Opéra, en faisant voguer les cuirassés en ville. Explorant les possibilités de l’image comme la surimpression, le split screen ou le jeu sur la vitesse de lecture, ses plans dignes de Vertov lui valent la moquerie desprofessionnels, et l’accablent de honte, car le cinéma n’est ici qu’une technique qu’il lui faut maîtriser pour atteindre son but d’homme épris. Mais – obstination keatonnienne – ceci ne l’empêche pas de refaire le chemin parcouru par le septième art, de ses balbutiements aux premiers Griffith. D’abord photographe, puis expérimentateur d’images avant- gardistes, il passe ensuite à la mise en scène.
A la faveur d’une guerre des gangs à Chinatown, il exploite les propriétés de son instrument, se déplace, change d’angle de prise de vue, alterne gros plans et plans d’ensemble, filme au plus près de
l’événement, relance la bagarre quand elle faiblit en cassant au sol des ampoules électriques, place une arme dans la main d’un combattant évanoui pour dramatiser un cadre, et invente même, malgré lui, une sorte de “travelling à la grue”, quandl’échafaudage depuis lequel il filme s’effondre. Sa mise en scène porte non sur une action fictive mais sur des événements réels. En cela, l’apprenti cinéaste hypersensible et adorable, touche à la duplicité fondamentale qui sera celle, trente deux années plus tard, du cinéma vérité.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.