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Abouna
Un film de Mahamat Saleh Haroun
France / Tchad - 2002 - couleur - 1h21
Avec Ahidjo Mahamat Moussa, Hamza Moctar Aguid, Zara Haroun...

« On voit parfois les gens partir mais on oublie les tragédies qui les poussent à tout quitter, et les tragédies qui en découlent.» Mahamat Saleh Haroun
Deux errances en abîmes. Celle, opiniâtre et désolée, d’Amine et Tahir, deux frères qui nous entraînent à la recherche de leur père soudainement disparu; et celle de leur père, dont on ne sait rien sinon qu’il n’est plus là, et dont le trajet nous demeure interdit tout au long du film, mais en cela, justement imaginable. Agés de huit et de quinze ans, Amine et Tahir traversent contrées arides et villes du Tchad jusqu’à ses frontières interdites. S’ils soupçonnent que leur père éclipsé a fui pour un ailleurs secret –probablement vers un pays qui n’est pas vicié par les ruines – , c’est parce que leur trajet les mène dans des paysages misérables, dévastés, qui ne semblent pouvoir générer que des vies sacrifiées.
Revisitant les lieux que leur père avait l’habitude de fréquenter, ils se laissent aller à une forme d’oisiveté qui les conduit jusqu’à une salle de cinéma. A l’écran, ils croient alors reconnaître leur père dans la figure d’un acteur, et volent la bobine du film. Le délit découvert, leur mère les place dans une école coranique, où les conditions de survie et le travail physique forcené n’ont rien de la doctrine religieuse. Des plans longs, une bande son au calme tour à tour inquiétant et apaisant, un jeu d’acteurs retenu font d’Abouna un film gracieux sur les enjeux paradoxaux de l’errance (dont la racine latine “errare” signifie à la fois se tromper et atteindre son but).
Tâches lumineuses au milieu de nulle part, Amine et Tahir donnent au film un mouvement de transit fait d’arrêts, de nulles parts et d’échappées graciles, où la mélancolie s’écoule comme une forme de paix mais sait aussi tuer. Le film adopte l’obstination rebelle des deux enfants mais aussi, en creux, le désespoir d’un père qualifié “d’irresponsable” en tant “qu’il n’est pas responsable de ce qui l’a fait fuir”. Apparemment minimaliste, le trajet d’Abouna est au contraire d’une grande vastitude.
Le non-dit du manque ouvre à des dangers sans limites ; une rencontre amoureuse offre une perspective d’enracinement dans un lieu que l’on croyait létal ; la folie s’effacera peu à peu pour un etour aux refrains de la vie, retour des mots et des regards témoignant des blessures du passé.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.