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L'apprenti
Un film de Samuel Collardey
France - 2008 - 1h25 - couleur
Avec Paul Barbier, Mathieu Bulle...

Après Du soleil en hiver, moyen métrage documentaire qui faisait le portrait de son cousin paysan, Samuel Collardey désirait « aller plus loin et montrer comment on devient un homme à la campagne » à travers l’expérience de l’apprentissage. Porté par une esthétique formaliste – le documentaire y est traité en 35mm, format généralement dédié à la fiction –, L’apprenti tisse un récit à la musique personnelle si discrète qu’elle peut mettre dans l’embarras, mais a aussi le mérite de poser, en symptôme, la question de savoir si le réel peut être filmé sans être ravi de la réalité.
Mathieu, 15 ans, arrive dans la ferme de Paul pour y faire un stage d’apprentissage. Assez âgé et père de famille, Paul n’est pas un “exploitant” agricole, mais un “cultivateur”, et à la grande surprise de Mathieu, il travaille à son rythme, loin des cadences effrénées des exploitations modernes. De son côté, Mathieu est un garçon déstructuré, la rupture de ses parents l’a éloigné de son père. Il fait un apprenti désordonné et peu loquace.
Le contexte particulier de cette relation de « maître à élève », et le mode de tournage qui tente de réunir fiction et documentaire, développent une mise en scène qui ne se laisse que rarement déborder. Pourtant, le film a ses fêlures et ses rugosités. Tourné sur une longue durée, à raison de quelques minutes par jour avec des non-acteurs qui jouent leur propre rôle, il est monté à partir de prises uniques dont les défauts constituent les qualités : les accidents de la vie et les changements de lumière entrent dans les plans, l’accent des acteurs empêche parfois de comprendre ce qui se dit – le réel signe bien là, dans ce qu’il a de plus pur, de moins élaboré. Et si toutes les scènes convergent vers une vision assez noire de la société, certaines ont une puissance de vie réjouissante, comme celles où les futurs agriculteurs se moquent des méthodes des vieux paysans, ou celle, magnifique, où Paul explique à sa petite fille le poème qu’elle doit apprendre pour sa récitation.
A force de pudeur et de distance, l’empathie avec les personnages qui n’arrive jamais, laisse au spectateur un goût d’inachevé relevant des belles limites du cinéma : quand le réel campe à ce point la vie qu’il n’entre dans l’art que sur la pointe des pieds.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.
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