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Stella
Un film de Sylvie Verheyde
Français - 2008 - 1h 48 - couleur
Avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay...

Comme son héroïne de onze ans, Sylvie Verheyde a grandi dans un café ouvrier, comme elle, elle a été catapultée dans un établissement scolaire parisien de renommée, et comme elle, a débarqué seule, avec un ballon de football sous le bras, le jour de la rentrée... Pourtant Stella est de ces films autobiographiques qui donnent moins le sentiment de revenir au passé de leur auteur que d’en éclairer la part, secrète et vive, qui imprègne encore leur présent.
Dans le bistro-hôtel des parents de l’héroïne, les plans sont à l’épaule. Hésitante et avide, la caméra arpente un monde ancien qu’elle semble aussi réanimer. Angoisse topique et balisée : l’adolescente se meut, douce et agile, entre la salle des nuits interminables et celle de l’enfance protégée. Ses parents, jamais tous seuls, jamais vraiment ensemble non plus, se fondent dans le décor avec plus ou moins de bonheur, comme dans la scène sidérante et sordide, où leur fille les surprend en train de faire une bataille d’eau avec les habitués. Ils recomposent, avec la faune avinée du café, un improbable cercle familial autour de Stella dont les attitudes, toujours délicates, oscillent entre discrète résignation ou prise d’indépendance enjouée. Mais pour Sylvie Verheyde, l’enfance a ses humeurs, le souvenir et ses stigmates leurs droits. Stella s’est assise sur les genoux de son père qui s’ignore trahi. Quelques scènes plus tard, elle prendra un fusil et, brutale autant que silencieuse, tiendra en joue l’amant de sa mère effarée. Chez sa grand- mère, Stella retrouve sa copine de vacances. C’est un Nord où les rêves d’aventure s’éloignent à perte d’horizon, où la caméra glisse sur les contrées blafardes. Les jeux d’eau partagés dans les jardins détruits ou dans la décharge voisine n’y changent rien : Stella est celle qui vient de la ville et celle qui, socialement, est d’un rang plus élevé. A l’école au contraire, Stella côtoie des « riches », ceux qui ont des principes et de l’éducation – les plans sont fixes, plus longs et plus posés. Gêne, timidité, sentiment d’infériorité... – l’école est aussi la promesse d’un progrès. Une chance, que Stella ne saisit pas tout de suite. En cours, elle s’ennuie. Et aux interclasses, elle se bat. C’est la frimousse joviale d’une camarade, en qui elle reconnaîtra quelque chose d’elle-même, qui donnera à Stella le goût d’apprendre, de lire et s’exprimer, la force de faire de sa différence un atout – et peut-être plus tard, un bouleversant récit.
Rochelle Fack
Dates et lieux de passages
Ce film est disponible pour des séances scolaires.
Stella
This is England